Dimanche 28 août 2005 7 28 /08 /Août /2005 00:00

Comme je l'avais prévu, ce blog public devient un peu trop intime pour rester accessible à tout un chacun. Donc, dès la semaine prochaine, je vais le transférer sur un blog Aol privé.

Si vous souhaitez continuer à me suivre, communiquez moi votre e-mail pour que je puisse vous autoriser (voyouse64@aol.com). Si vous êtes abonnés AOL, aucun problème, vous serez avisés de l'ouverture du nouveau blog et de son adresse.  Pour les autres, si vous le souhaitez, je vous enverrai chaque entrée par e-mail lorsque j'aurai ajouté quelque chose

Excusez moi donc pour ce petit changement mais si vous me lisez vous comprendrez mes raisons

Merci donc de vous manifester et à plus tard

Par yada64 - Publié dans : yada64
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Lundi 22 août 2005 1 22 /08 /Août /2005 00:00

Arrivée dans le monde du travail

Donc, cefut un lundi matin que je rejoignis mon nouveau travail. Il était situé à 7km de chez moi mais un voisin qui se rendait à Tarbes pour son travail fut chargé de me déposer et de me reprendre le soir au même endroit. J’avais encore presque 500m à faire pour arriver enfin sur mon lieu de travail. Les Ets Toujas et Coll était une société qui vendaient tous les matériaux de constructions nécessaires aux maçons, charpentiers, plâtriers, carreleurs et autres entreprises du bâtiment. En fait, la maison mère se trouvait à Argelez. La Société avait été créée, à l’origine, par Mr Toujas qui exploitait une drague et avait dans un premier temps décidé de rentabiliser son exploitation en fabriquant des moellons. Plus tard, il avait embauché ses 2 beaux-fils, les Coll, enfants d’un premier mariage de son épouse, dans son entreprise. L’aîné, possédant le sens des affaires avait pris la direction et avait agrandi la petite entreprise en y adjoignant divers services qui permettaient aux entreprises du batiment de tout trouver sur place, des moellons au gravier, en passant par le ciment, la zinguerie, les briques etc… Un atelier de carrelage qui employait des dames de la région fournissait même des feuilles de carrelage, constitués à la demande et pré-collées. Il y avait juste quelques mois qu’ils avaient fondé un petit entrepot à Soumoulou, ce qui leur permettait d’accroitre leur territoire d’activité des Hautes Pyrénées vers les Pyrénées Atlantiques, qui à l’époque s’appelait encore les Basses Pyrénées. La gérance de ce dépôt avait été confié au beau frère de Monsieur Toujas, le mari de sa sœur, Monsieur Campagnolle qui m’avait lui-même recrutée. Le personnel se constituait, outre Mr Campagnolle, de 2 magasiniers (dont un était le frère de Mme Campagnole) et d’un chauffeur. En règle générale, les matériaux vendus à Soumoulou venaient de la maison mère, du moins pour les plus courants mais le gérant avait la liberté de se fournir ailleurs pour des produits plus spécifiques

Après mes 500 mètres de marche, j’arrivais enfin sur mon lieu de travail. Dans un immense hangar ou étaient entreposées les marchandises qui devaient être abritées de la pluie, un petit bureau avait été aménagé. Au fond de la pièce, un grand bureau était attribué à mon patron et un petit bureau avait été casé dans le prolongement surmonté d’une machine à écrire et c’était là mon domaine. Mon travail était très diversifié. Je devais tout d’abord établir les bons de livraison, suivant les notes des magasiniers, tenir un fichier d’inventaire des divers produits afin de prévenir mon patron quand un article se raréfiait, établir les factures mensuelles des clients et quand un client occasionnel se présentait, établir et encaisser la facture. Bien sur, j’étais aussi chargée de répondre au téléphone. Ce travail me convenait parfaitement et j’étais comme un poisson dans l’eau. Je voyais beaucoup de monde puisque les clients passaient automatiquement par le bureau avant de repartir.

Monsieur Campagnolle était un patron charmant. Ancien gradé de l’armée, il avait fait plusieurs campagnes et en avait ramené une sorte d’excéma qui, lors des poussées le rendait assez bougon, mais très vite j’appris à composer avec lui. Il avait aussi une réputation d’homme à femmes mais, surement parce que j’avais l’age de ses filles, jamais il ne me considéra autrement que comme " la petite ", surnom qu’il m’avait donné et que tout le personnel et même certains clients adoptèrent très vite. Seul inconvénient, le bureau, prévu au départ pour des hommes ne comportait pas de WC . Qu’a cela ne tienne, Monsieur Campagnolle m’autorisa à aller dans sa villa, distante de quelques dizaine de mètres quand j’en éprouvais le besoin. Je fis la la connaissance de sa femme, une dame adorable qui tenait, à chaque fois, à m’offrir, soit le café, soit une boisson suivant l’heure, et nous bavardions tranquillement tandis que Mr Campagnolle me remplaçait. C'est vous dire l'ambiance bon enfant

Monsieur Campagnolle avait 3 filles. L’ainée était mariée avec un garagiste de la région et, pour des raisons que j’ignore, le bébé que le jeune couple avait eu était élevé, en semaine, par Mme Campagnolle, ses parents ne le récupérant que le week-end. Les 2 autres filles, Eliette et Marie Suzanne étaient des adolescentes et donnaient du fil à retordre à leur papa qui entendait veiller sur leurs fréquentations. Or, à mon arrivée, Eliette avait décidé de convoler avec un petit comptable, au grand dam de son père qui voyait sa fille promise à une plus grande destinée et essayait de l’en dissuader. Il n’a pas réussi. Eliette a épousé tout de même son petit comptable. Bien des années plus tard, je l’ai revue. Son mari avait bien géré sa barque, il possédait maintenant un des plus grands cabinets comptables de la région,   très  bien renommé et Eliette était maintenant une " dame ". Elle avait eu 2 enfants et avait adopté 2 enfants victimes de guerres fratricides en Afrique.

Marie Suzanne elle faisait le désespoir de son père. Elle avait jeté son dévolu sur un garçon du bourg qui était apprenti carrossier. Trainant une réputation légèrement sulfureuse (pour un petit patelin) de " tombeur " et de petit blouson noir, Papa Campagnolle s’employait à protéger sa fille de cette relation. Ce qui n’était pas du gout de sa progéniture. Ainsi, il arrivait fréquemment que, entendant la pétarade du vélomoteur de sa fille, Mr Campagnolle abandonne précipitamment son poste de gérant pour partir à sa recherche. Après un temps plus ou moins long, il arrivait à retrouver les amoureux qui pour flirter en toute impunité se cachaient en général dans des endroits assez subtiles (sous la halle, dans une haie, sous des voitures) Après avoir tenancé vertement le contrevenant, il ramenait, manu militari, sa fille au bercail puis retournait au bureau sous le regard goguenard des employés qui riaient sous cape du manège. Marie Suzanne n'a pas épousé son carrossier. Fidèle à la tradition, c'est elle qui dirige maintenant, de main de maître, le dépot.

Ceci mis à part, Monsieur Campagnolle était un patron en or. Ainsi, dès la première semaine, il s’inquiéta de me voir faire à pieds, matin, midi et soir, les 500m qui séparaient l’entreprise du bourg. Il me suggéra donc d’acheter un vélomoteur. Mais, mes finances et encore moins celle de ma famille ne permettaient pas une telle folie. Qu’a cela ne tienne. Il me conduisit immédiatement chez un de ses amis, vendeur de cycle, ou je choisis un " solex " rutilant neuf, il y fit ajouter 2 sacoches (oranges) et un bidon entier de solexine et paya lui-même le tout. Il fut convenu qu’une partie de cet achat me serait retenue sur ma paie mais, malgré mes rappels, je n’ai pas souvenance d’avoir jamais remboursé un centime.

Par contre, je me rappelle avec émotion de ma première paie. Ayant très peu de frais, je remis, en grande pompe, un billet de 500 F à ma grand’mère (qui était la trésorière familiale) en lui demandant expressément de s’en servir si les finances familliales l’exigeaient, ce qu'elle se garda bien de faire d'ailleurs. En remerciement, elle me fit l’insigne honneur de me montrer la cachette secrète (un tiroir caché dans une armoire) ou étaient rangées, dans une boite à sucre en fer blanc, les économies de la famille. Mon billet de 500 F y prit place mais je pus aussi constater que les économies en question étaient bien maigres… N’empêche que pour la première fois, je me sentis utile. Pourtant, le fameux billet ne séjourna pas longtemps dans sa cachette. Très vite j’utilisais mon salaire pour m’offrir, en plus du nécessaire, de petits plaisirs. Un transistor tout d’abord que j’achetais chez à Soumoulou. J’en avais rêvé depuis Saint Fargeau. Le dimanche, avec Ginette, assises sur les marches de la Poste (ma grand’mère tenait l’agence postale du village) nous écoutions " Salut les copains " en guettant la venue des " copains du village ". La possession de cet appareil nous conféra une certaine notoriété dans un village ou les radios étaient encore peu nombreuses. Par la suite, j’acquéris, aussi un électrophone (un Teppaz s’il vous plait). Cependant, le magasin local étant très mal achalandé en disques, je dus aller à Pau, en solex (25km) pour trouver les 45 tours de Johnny, Sylvie, Sheila etc… Par la suite, le trajet en solex étant épuisant, je réussis à acheter par correspondance et acquis donc les 33 tours d'Enrico Macias, Alain Barrière  et Paul

Forte de mon tout nouveau pouvoir d’achat, je profitais aussi du Vendredi, jour de marché, pour faire quelques emplètes. Sur le conseil de ma mère, je m’achetais tout d’abord un coupon de vichy (c’était la mode) pour me faire un joli ensemble. Cependant, timide, je me laissais fourguer un coupon de popeline à petits carreaux rose et blanc (encore) dont le choix laissa ma mère dubitative. La couturière du village m’y tailla un ensemble, jupe et boléro, assez étonnants, qui me faisaient plus ressembler à une bonbonnière qu’à une jeune fille dans le vent. Le temps fraichissant, je fais aussi l’achat d’un " anorak " Enfin, là encore, je me laissais embarquer par le vendeur qui me fourgua un tissu matelassé d’un orangé bizarre et qui me proposa de faire fabriquer " l’anorak ", à mes mesures, par son atelier. Après 15 jours d’attente, je puis enfin enfiler mon vêtement et constater que, s’il était chaud, il n’était pas aussi imperméable que prévu et ne mettait guère en valeur mon teint de rousse….. Ironie du sort, je ne savais pas en négociant mon anorak que, quelques 35 ans plus tard, je louerai et habiterai pendant plus de cinq ans la maison de mon vendeur.

Maintenant, j’étais non seulement salariée mais aussi pourvu d’un moyen de déplacement ce qui, à l’époque, était un must .

Bien sur, vous me direz que faire, matin et soir 7kms, dont la moitié en côte, en solex (connu pour marcher comme oun avion à condition qué tou pédale comme un couillon) n’était guère pratique. Mais pour l’instant, il faisait beau et après, on aviserait.

Le dépôt était ouvert de 8h à 12h et de 14h à 18h et, les premiers mois, je travaillais aussi un samedi matin sur 2. Evidemment les 35 heures c’était encore très loin. Mais je me plaisais et je donnais entière satisfation à mes employeurs.

 

Pour le repas du midi, au début, j’avais pris pension dans un " café-restaurant " le plus proche possible du dépôt. Il était tenu par une jeune veuve, maman de 2 enfants. Dans les premiers temps, je mangeais dans la salle, seule à ma table, un peu intimidée. Le vendredi était jour de marché. La salle était alors pleine d’agriculteurs venus vendre leurs produits et de maquignons venus les acheter. Il s’en suivait un tohu-bohu impressionnant et des remarques plus ou moins grivoises à mon encontre. Devant mon embarras, la dame me proposa de m’installer dans la cuisine et de manger avec elle. Ce privilège du vendredi devient vite une habitude et chaque midi je mangeais avec sa famille. Malheureusement, notre jeune veuve se fatiguant de son celibat, elle installa chez elle un jeune maçon espagnol, ce qui fut très mal vu par le voisinage.. Pensez donc, elle n’était veuve que depuis quelques mois (oh presque 12 tout de même), en plus elle avait choisi un " individu " dont personne ne savait rien et pour finir, ils vivaient en conccubinage…. L’horreur à cette époque. Les âmes charitables s’émurent d’une telle situation et quelques commères, toujours bien informées, s’ouvirent à mes parents de l’étrangeté de la situation. Moi j’étais bien avec eux et j’y mangeais très bien et pour pas cher. Visiblement ils étaient amoureux et lui, en plus de son métier, secondait sa " femme " du mieux possible. Cependant, je dus me rendre aux arguments familiaux. Une jeune-fille comme il faut, ne reste pas dans un tel " troquet " Je dus donc prendre mes repas dans un autre endroit, plus éloigné du boulot, mais j’avais mon solex et dont l’établissement était tenu par une dame issue de mon village ce qui était un gage de moralité. En fait, on y mangeait aussi très bien et, en plus, ce restaurant servait tous les salariés qui ne pouvaient rentrer chez eux à midi. Je m’y retrouvais donc en compagnie des magasiniers de l’entreprise, du chauffeur mais aussi des employés " males " des autres commerces. Il n’y avait pas de femmes mais sans doute que les femmes rentraient chez elles. En fait, tout se passa bien et je devins vite la mascotte de ces Messieurs qui, tout en me chariant un peu, restèrent toujours très convenables. L’honneur était sauf.

Environ une fois par mois, Mr Campagnolle allait à la maison mère pour rendre les comptes. Il prit très vite l’habitude de m’amener avec lui. Ainsi j’appris à connaître tous dirigeants, d’autant qu’à midi nous mangions chez eux (Mme Toujas était la sœur de mon patron) ce qui adoucissait les relations. Je compris aussi les divers rouages de la Société et on commença par me demander de mettre en place, à Soumoulou, un système de gestion de stock plus fiable que celui en vigueur. Je m’en sortis bien. Il fut alors décidé de me confier la responsabilité de la mise en place et de la gestion d’une comptabilité par " décalque ". Là-aussi, tout alla bien. Tout le monde était content, moi car j’aimais mon travail et mon salaire augmentait en fonction de mes responsabilités, mes patrons qui me faisaient confiance et me voyaient promise à un avenir intéressant dans la Société

Comme je vous l’ai dit, j’étais chargée de libeller les bons de livraisons aux clients venus s’approvisionner. Je ne tardais pas à en remarquer quelques uns. Eux aussi se montraient avenants mais très vite, mon attention fut attirée par un jeune-homme qui venait souvent, plus souvent me semblait-il, se servir chez nous. En fait, mon patron ne l’aimait guère et c’est peut-être ça qui attira mon attention. Il lui reprochait d’avoir quitté l’emploi de " contre-maitre " qu’il occupait chez un de nos plus gros clients, pour tenter l’aventure à son compte. Mr Campagnolle ne ratait pas une occasion de lui faire remarquer qu’il n’avait pas choisi la voie de la facilité et qu’il risquait de faire faillite, ce qui, à l’époque était une honte.

Cependant, son entreprise semblait bien se porter. Il occupait 3 ou 4 maçons et avait pas mal de clients, pour des bricoles bien sur, mais il avait la réputation de bien travailler.

Dès le matin, je surveillais par la fenêtre l’arrivée de son camion d’un vert pomme, un perkins acquis aux surplus de l’armée, dont la cabine était surmontée d’un " té " orange servant à transporter les matériaux trop longs (fers, poutres). Quand il venait pour faire établir son bon de livraison, nous échangions un sourire, une banalité, et parfois un frôlement de mains furtif. Visible, ce grand garçon blond me plaisait et je lui plaisais. J’étais subjugée par ses yeux bleus que je trouvais magnifiques. Par la suite, je me suis vraiment demandé ce que j’avais pu lui trouver, mais il était trop tard. Mr Campagnolle riait du manège et me mettait en garde. Fais attention " petite " ce garçon n’est pas pour toi. Un jour il ajouta même " il ne te vaut pas ". Peine perdue, on continuait à jouer au chat et à la souris et finalement, un jour, juste avant le 1er mai, alors qu’il était venu dans la journée, accompagnée d’une petite fille tout de noir vêtue qu’on m’avait dit être sa sœur, lorsque je repris mon solex le soir, je trouvais un brin de muguet délicatement posé sur le moteur. Il n’en fallut pas plus pour me faire chavirer et dès le lendemain, profitant de la rédaction d’un bon de livraison, j’acceptais un rendez-vous pour le samedi suivant ou il fut convenu que nous irions nous ballader dans la région de Tarbes dans son ami-6 toute neuve.

Bon, j’avais mon rendez-vous. Encore fallait-il obtenir la permission de mes parents. Si je leur avais dit la vérité, la réponse aurait surement été négative. J’expliquais donc à maman que, travaillant le matin, exceptionnellement je déjeunerai dans mon restau habituel puis je prendrai le bus de 13h pour Tarbes ou je devais impérativement aller m’acheter un pull-over qui s’avérait indispensable. Après avoir obtenu l’accord de ma mère, je convins avec mon galant, il s’appelait Yves, que nous nous retrouverions à 13h sur la place du marché ou il m’attendrait avec sa belle voiture toute neuve.

Je ne savais pas dans quel guépier j’allais me fourrer. Si j’avais pu deviner que ce rendez-vous allait décider de ma vie entière, je crois bien que j’aurais pris la fuite…….

Par yada64 - Publié dans : yada64
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Vendredi 22 juillet 2005 5 22 /07 /Juil /2005 00:00

C’est vrai, j’étais nantie d’un beau diplôme tout neuf, mais malheureusement, la quête d’un travail allait s’avérer plus difficile.

Tout d’abord, nous habitions dans un petit village et même si ma grand-mère était la receveuse des PTT et mon père le facteur, la voiture postale qui amenait le courrier n’arrivait que tard dans la matinée et avec elle le journal local auquel la famille était abonnée.

Donc, après avoir consciencieusement consulté et coché les petites annonces pouvant me convenir, même en ratissant large, la réponse téléphonique était souvent la même : " Désolé, c’est déjà pris. "

J’eus pourtant quelques touches :

Tout d’abord, on me demanda de faire un essai dans une entreprise de la région paloise qui commercialisait des poulets vivants pour les agriculteurs. J’arrivais très intimidée et on me demanda de faire un test. C’était un test comptable, mais ils l’avaient adapté à leur activité et moi j’en étais toujours à mes acquis scolaires. Je passais donc une bonne heure à passer des poulets par le crédit d’œufs tout en stockant des poules pondeuses. Lamentable. Je pense qu’ils durent me prendre pour une échappée de l’hôpital psychiatrique voisin et avec beaucoup de tact, ils me renvoyèrent dans mes foyers.

Une autre fois, je fus convoquée mais pour un emploi d’opératrice de saisie. Je n’avais jamais entendu parler de ça et je découvris des employées très occupées à perforer des fiches qu’elles enfournaient ensuite dans des machines. Bien que, pleine de bonne volonté, je tentais de leur assurer que je m’en sortirai, ils ne furent pas convaincus et …. Retour à la case départ.

A la maison, mes parents commençaient à trouver drôle qu’on n’engage pas immédiatement leur prodige comptable de fille. Ils commencèrent donc à parler ça et là de mes recherches d’emploi.

Entre 2 entrevues, je n’avais pas le temps de m’ennuyer car, vite remise de son accouchement, maman était retournée au travail des champs qu’elle a d’ailleurs toujours plus aimé que le travail à la maison. Elle aimait mieux faner, faucher avec mon père, se chamaillant sans arrêt mais s'adorant sincèrement, que de rester à la maison pour laver, balayer et cuisiner. Ca c’était le travail de ma grand-mère qui s’en acquittait d’ailleurs parfaitement et, comme elle était toujours là, elle devint très vite notre confidente. Ginette et moi pouvions, sans risque de fuite, lui confier nos petits tracas quotidiens, nos amourettes et parfois elle se faisait même notre complice pour cacher un billet doux parvenu par le courrier avant que maman n’essaie de le lire. Pour ça, bien sur c’était surtout Ginette qui avait recours à elle. Moi je ne recevais guère comme courrier que des refus d’emploi. Donc, maman étant aux champs, tout naturellement on me demanda de m’occuper de ma petite sœur Domy qui avait juste quelques mois. J’étais donc chargée des biberons, des rototos, des changes et surtout des dodos. Oui car Domy était très longue à s’endormir. Il fallait la bercer pour qu’elle y parvienne. J’étais donc là, dans la chambre, entrain de la bercer tandis que la jeunesse du village était au Presbytère, entrain de regarder la TV tout en se papouillant. Vous vous doutez bien que, parfois, j’avais une façon de la bercer un peu rude. Mais enfin, j’y arrivais et pouvais enfin m’éclipser.

Cependant, un jour, une lettre arriva qui allait m’arracher, pour un temps, aux joies du baby-sitting. En effet, ayant passé une entrevue qui n’avait somme pas du être trop catastrophique, une entreprise de la banlieue Paloise me proposait un essai d’une semaine. Je sautais bien sur sur l’occasion de faire mes preuves. Mon voiturier habituel me conduisit à Pau et il faut convenu que, pendant la semaine de l’essai, je serais hébergée chez des lointains parents de ma grand-mère qui habitaient Pau. Un bus me déposait le matin non loin de mon lieu de travail et je rentrais chez eux de la même façon. Le repas de midi serait pris sur place, suivant les possibilités et constitué d’un sandwich et d’un fruit que me fournirait les amis qui m’hébergeaient momentanément. Au cas ou ça marcherait, maman avait déjà pris une option sur une chambre dans un foyer de jeunes filles ou, pour une somme pas si minime que ça d'ailleurs, j'aurai droit à une chambre à 2 lits, le déjeuner et le souper. Bien sur, tenue par des religieuses, le foyer était très strict sur les heures d'entrée et de sortie. Pas question d'escapade nocturne. Il était vivement déconseillé d'aller au cinéma et cette activité coupable pouvait être judicieusement remplacée par une messe... Maman était ravie, moi moins....

J’arrivais donc pleine d’espoir dans cette entreprise. On me confia aux soins d’une comptable chargée de juger de mes capacités. Pendant une semaine, je fis, sous sa direction, un travail impeccable. J’arrivais à établir le bilan qui, en plus, s'avéra juste, à équilibrer diverses balances et envoyer des relances à des clients réticents. La comptable paraissait enchantée de mon travail. D’ailleurs, les derniers jours, elle semblait fort contente des félicitations que lui adressait son patron pour le boulot qu'e elle (enfin je) abattait. A midi, nous mangions prestement nos sandwichs dans le bureau pour que je puisse me consacrer plus vite à ma tâche. Malheureusement, il arriva qu’un jour, alors qu’elle s’était absentée sans me donner suffisamment de travail à accomplir, j’eus la mauvaise idée de faire preuve d’initiative. J’entreprit de faire un " rapproché " bancaire afin de faire cadrer parfaitement les opérations enregistrées par l’entreprise avec celles retenues par la Banque. A son retour, très fière de moi, je lui montrais les irrégularités que j’avais constatées. Visiblement, elle ne sembla pas si satisfaite que j’eusse pu l’espérer et après m’avoir dit que je me mêlais de ce qui ne me regardait pas, elle me confia un autre travail mais, son attitude avait visiblement changée. Je ne m’en inquiétais guère d’autant que la semaine se terminait et que j’attendais avec impatience l’entretien qui m’apprendrait que j’avais enfin un travail. Hélas, l’entretien avec la Directeur eut bien lieu, mais rien ne se passa comme je l’avais espéré. Le Directeur m’informa que j’avais fait bien sur du très bon effet mais que j’avais parfois tendance à des initiatives malheureuses … ! ! ! ! ! et que, bizarrement, une personne venait de se présenter qu’ils étaient obligés d’embaucher ? ? ? ? ? Bien sur, c’est en larmes que je quittais le bureau sans même penser à demander mon du pour la semaine de travail. D’ailleurs ils n’ont jamais pensé à me l’envoyer.

Je rentrais à la maison, dépitée mais surtout avec la sensation d’avoir été victime d’une injustice monumentale.

Je repris quelques jours mes activités de baby sitting puis, les contacts pris par mes parents semblèrent porter leurs fruits. Une amie, qui travaillait au Crédit Lyonnais, se proposait de m’y faire entrer. J’explique : Je devais tout d’abord faire une demande d’emploi. Comme elle était justement au bureau ou l’on passait les tests d’embauche, j’irai une après midi, passer tranquillement mes tests sous sa surveillance (et ses conseils), puis elle rangerait précieusement lesdits tests. Lorsque ultérieurement je serais convoquée pour les " tests " (ce qui ne devait pas manquer d’arriver puisque la banque recherchait du personnel), je ferai tranquillement mes exercices et ceux ci seraient habilement remplacés par ceux, impeccables, passés auparavant. De cette façon, il serait impossible de ne pas se rendre compte de la perle rare que j’étais. Normalement, cela aurait du très bien se passer car je pense que la technique avait déjà été rodée, mais malheureusement, je fis foirer la belle entourloupe. L’après-midi ou je me rendis à Pau pour faire les tests avec l’amie, je rencontrais malencontreusement la maîtresse de l’école publique de mon village qui passait par là avec son époux. Bien sur , ils m’interrogèrent sur ma présence à Pau. Candide, je leur répondis que j’allais passer des examens pour rentrer au Crédit Lyonnais. C’était vrai, je ne mentais pas vraiment, mais, horreur, la voilà qui se rappelle soudain qu’elle a un parent " haut placé " dans cette banque et qu’il pourrait peut-être faire quelque chose. Malgré mes dénégations acharnées car je sentais que ca n’allait pas le faire, elle me traîne devant le dit-directeur adjoint et me présente à lui. Evidemment, il s’inquiète de ne pas savoir que c’était jour de test. Il se renseigne et, non, il n’y avait pas de test de prévu ce jour là (évidemment) Il s’est alors mis à m’interroger. Comment avais-je été convoquée, par qui, à qui devais-je me présenter ?… J’ai essayé de tenir bon un moment mais avec la pression, j’ai malheureusement lâché le nom de l’amie. Evidemment, c'est la  tête basse que je suis rentrée à la maison, dans la voiture de l’institutrice qui avait tout de même tenu à me raccompagner. A l’arrivée, mes parents étaient déjà au courant. L’amie venait de téléphoner, très mécontente car le directeur avait éventé la combine et elle avait passé un sale quart d’heure. Elle avait conclu en disant que je n’avais qu’à me débrouiller et surtout apprendre à tenir ma langue. Je me fis copieusement engueuler par mes parents, pendant un temps, ils furent en froid avec l’institutrice puis ça s’arrangea, mais l’amie du Crédit Lyonnais, je n’en entendis plus jamais parler. J'espère sincèrement que cet épisode et ma bêtise n'a pas été trop dommageable pour elle. Pourtant, un matin, je reçus une convocation du Crédit Lyonnais. Pas pour des tests….. pour une visite médicale, ils avaient dû revoir leurs techniques d'embauche. Je m’y rendis conservant encore un faible espoir mais le Médecin du travail voyant mon dos et mon corset décida définitivement que je n’étais pas apte au poste proposé. Fin de mes espoirs d’être un jour employée de banque. Le plus touché, ce fut encore mon père qui s’était imaginé pourvoir affirmer un jour, avec fierté, qu’il avait une fille banquière….

La fille, non seulement elle n’était pas banquière, mais elle n’avait toujours pas de boulot.

Pendant une quinzaine, une épicière du village voisin, chez qui mes parents se servaient parfois, m’occupa à vérifier des bons de livraison, chose qu’elle ne pouvait faire car elle était veuve, avec 2 enfants en bas âge et une grand-mère âgée. J’habitais donc quelques jours chez elle ou, oh joie, j’eus droit à une chambre pour moi seule. Je m’installais le matin sur la grande table de la salle à manger et je cherchais minutieusement les différences entre les quantités livrées par les fournisseurs de gros et celle qui lui étaient alors facturées. Je reconnais que mon travail ne fut pas inutile car, erreur ou non, je relevais quelques anomalies flagrantes qui lui permirent de récupérer un avoir conséquent. Comme je mangeais avec eux, j’étais fascinée par la boutique qui s’ouvrait sur la cuisine et très vite, profitant d’un moment ou l’épicière était occupée ailleurs, je sautais sur mes pieds dès que la sonnette prévenait qu’un client venait d’entrer et je m’empressais de le servir. J’ai adoré ce contact avec les clients et je crois que je surpris même l’épicière car j’avais très vite enregistré les prix et je rendais la monnaie sans erreur. Malheureusement, elle n’avait pas assez de clients pour pouvoir continuer à m’occuper. Je rentrais donc une fois de plus chez moi mais cette fois, pas les mains entièrement vide : elle m’avait aimablement gratifiée d’un billet (je ne sais plus de combien) de quelques conserves et d’un  joli tablier en vichy à carreaux bleus (décidément ça me poursuit).

Je commençais a être vraiment découragée. Je me souviens d’une fois ou, à Pau, j’avais tellement envie de trouver du travail que je suis entrée dans tous les magasins d’une rue pour demander s’ils n’avaient pas quelque chose pour moi. Mais non, rien, même pas vendeuse.

Et finalement, le secours allait encore venir d’un épicier. Pas le même, non celui qui passait chaque jeudi dans le village et à qui ma grand-mère achetait toujours quelque chose, café, pâtes, fruits…. Lors d’un de ses passages, elle lui a raconté mes recherches infructueuses et, miracle, l’épicier connaissait un ami qui lui avait parlé d’embaucher une secrétaire-comptable et tout ça dans la petite bourgade voisine distante juste de 7 kms. Il promit de lui en parler.

Et c’est comme ça que, moins d’une semaine après, une voiture s’arrêta devant chez moi et un Monsieur en sortit. Il se déplaçait pour venir s’enquérir de cette jeune fille qui cherchait du travail. Complètement paniquée, je me rappelle que quand ma grand-mère me demanda, comme j’étais tout de même la principale intéressée, de lui servir un café, je le lui servis après l’avoir laissé bouillir, coupé d’eau pour couper le bouilli, dans une tasse ébréchée, sans soucoupe et en lui présentant la boite métallique qui contenait le sucre. Ma grand-mère en frémit d’horreur mais, il n’était pas venu pour prendre le café et ne voulait pas de moi comme serveuse mais bien comme secrétaire. Rapidement, sur le coin de la table familiale, en dégustant son café bouilli, il me fit prendre une lettre en sténo puis je dus la transcrire sur la machine à écrire portative qu’il avait amenée. Je ne sais pas si je retranscris exactement les termes qu’il avait dictés, je ne crois pas, mais visiblement, il avait inventé sa lettre de toutes pièces et ne se rappelait plus des termes exacts. Je rendis donc un courrier respectant les normes et qui faisait plus ou moins référence à ce qu’il venait d’énoncer.

Et c’est comme ça que je fus embauchée, à la maison, sur le coin de la table. Je commençais le lundi suivant, je devais me présenter à 8h à son bureau.

Pour à peu près 70 000 francs par mois(anciens, les nouveaux n'avaient pas encore cours) j'allais travailler 44h par semaine (et oui le samedi matin aussi), secrétaire de Monsieur Campagnolle, le Gérant de la Succursale de Soumoulou des Etablissements Toujras et Coll, matériaux de construction en tous genre.

Par yada64 - Publié dans : yada64
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Jeudi 21 juillet 2005 4 21 /07 /Juil /2005 00:00

Et puis, le mois d'octobre arriva et je repris le chemin (ou plutôt l’auto du voisin) pour retourner au Lycée.

Cette année là se déroula toujours très bien. Bonnes notes, bonne conduite, bien vue des profs, des surveillants et même des copines même pas jalouses de mes bonnes notes.

J’étais très souvent avec Yvette, à l’internat comme en classe. Bien sur nous en arrivâmes vite aux confidences surtout que tout nous rapprochait. D’abord nos mères étaient d’anciennes amies. Ensuite, je venais de susciter une certaine curiosité parmi les élèves en annonçant que j’avais une nouvelle petite sœur mais Yvette me volât la vedette car sa mère elle aussi venait de mettre au monde des jumelles. En discutant avec elle, je me rendis compte que la mère d’Yvette, comme la mienne, en guise d’explications sur le sexe, nous avait mis entre les mains le même livre qu’elles avaient acheté, pendant leur jeunesse. Il ne nous a pas été d’un grand secours, ni aux unes, ni aux autres malheureusement. Moi, j’en avais juste retenu que les règles s’arrêtant quand on était enceinte, les bébés devaient se nourrir de ce sang .…… J’apprit ainsi que maman et la mère d’Yvette n’avaient pas non plus dû y trouver la réponse à leur question puisqu’Yvette comme moi étions nées un peu trop tôt hâtant ainsi le mariage de nos parents. Je compris aussi le pourquoi d’une gifle que j’avais reçue bien longtemps avant, un jour ou, en famille, voulant me faire remarquer, faire mon intéressante, j’avais posé la simple question : Maman, combien de temps après ton mariage suis-je née ? En réponse, une leste chiquenaude dont je m’étais longtemps demandé la raison. Bien sur, j’avais déjà consulté le livret de famille de mes parents, mais à l’époque, j’y cherchais plutôt la preuve que j’étais une enfant adoptée. Pourquoi ? Mystère. Je pense que j’aurais bien voulu me distinguer par autre chose que par mon physique. Et si je n’avais rien découvert de suspect, je n’avais jamais fait le lien entre la date de mariage de mes parents et mon mois de naissance….. A ce sujet, c’est aussi cette année là, que j’ai eu enfin le bonheur d’avoir mes règles. Car, non, je n’étais pas encore femme et je trouvais que ça devenait vraiment pénible d’attendre, surtout que ma sœur m’avait bien sur devancée. Enfin, c’était arrivé et ouf !!, moi aussi je pouvais enfin affirmer que j’avais mes règles. Bien sur , ça n’avait pas le même charme que pour mes copines qui s’en servaient de prétexte pour échapper aux séances de gym, étonnant parfois les profs par le nombre de fois que ça leur arrivait dans le mois, mais au moins, je n’avais plus à mentir. Oui, j’étais réglée.

En fait, ça n’avait pas changé grand chose sauf un désagrément quelques jours même pas tous les mois car j’ai toujours eu des cycles très fantaisistes. Pour le reste, peu de changement, quelques poils oui, mais j’étais rousse (non blond vénitien pardon), alors pas de toison foisonnante et surtout, à mon grand regret, mes seins, toujours plus ou moins comprimés par le corset il est vrai, s’obstinaient à ressembler à des œufs au plat et j’avais beau mettre un soutien-gorge, ils n’arrivaient jamais à le remplir.

Puis le troisième trimestre arriva. Il fallut passer les examens. Les CAP tout d’abord. Bien sur je choisis un CAP aide-comptable et je l’obtins avec brio, même une mention B. J’avais raté le TB de peu, à cause d’une " coque " en maths. Pour le Brevet, il devait se passer à Bordeaux. Mais, en fait, il n’avait une utilité que si l’on voulait continuer nos études. Or, pour les continuer, il fallait aller à Bordeaux l’année suivante.

Je décidais donc que je ne voulais pas continuer, donc pas besoin de passer le diplôme. Tohu-bohu chez les profs qui ne voyaient pas ça comme cela. Donc, j’allais tout de même à Bordeaux avec la classe et j’en revins avec mon beau diplôme tout neuf.

Cependant, je persistais dans mon désir d’entrer tout de suite dans la vie ouvrière et de voler de mes propres ailes. En fait, je savais que mes parents peinaient à payer les frais trimestriels et ce malgré le taux de ma bourse qui, en raison de mes bons résultats avait beaucoup augmenté. Cependant, ma sœur Ginette, que l’on destinait en raison de sa volonté d’être femme de cultivateur, après avoir passé son certificat d’études, était maintenant interne à Tarbes, dans une de ces écoles ménagères ou on lui apprenait à être une parfaite ménagère, savoir cuisiner, broder, tricoter, recevoir, soigner les bêtes et cultiver un jardin à la perfection. Cependant, cette brillante formation n’était pas gratuite et même si elle aussi avait eu droit à une bourse (bien plus petite que la mienne) les fins de mois à la ferme familiale étaient très durs. En plus Domy qui venait de naître représentait une nouvelle bouche à nourrir. Or, l’année suivante, Alain, à qui on n’avait pas laissé le choix, un garçon devant toujours diriger la ferme et il était le seul garçon, il se devait d'intégrer un lycée Agricole. J’avais surpris des conversations entre mes parents et ma grand-mère qui s’interrogeaient la manière de boucler un budget déjà précaire. Il y avait bien une solution. Si je ne continuais pas à étudier, non seulement, ça rapporterait un peu d’argent mais surtout, Alain récupérerait ma bourse d’étude. Bien sur, ils ne me le demandèrent pas directement, cependant, je compris vite les allusions qui m’étaient faites.

Donc, la fin de l’année scolaire arriva. Un jour, je fus convoquée dans le Bureau de la Directrice. J’y allais à reculons bien sur, me demandant ce qu’elle me voulait. En fait, c’était une bonne surprise. Le conseil général attribuait chaque année une récompense aux élèves les plus méritantes. Et pour Marguerite de Navarre, c’est moi qui avais été choisie cette année là. Donc, si mes parents étaient d’accord, on m’offrait un merveilleux voyage en bus, avec les lauréates d’autres établissements scolaires de la Région. Nous visiterions La Suisse, L’Autriche et l’Allemagne et en plus, il m’était alloué 50000 F (anciens) d’argent de poche. Bien sur je sautais de joie. La Directrice me demanda d’appeler mes parents au téléphone pour leur demander l’autorisation. Bien sur ils étaient d’accord et même ravis. Maman s’insurgea même que j’ai pu un instant envisager qu’ils puissent refuser.

Puis eut lieu la traditionnelle cérémonie de remise des prix ou je continuais à rafler tous les lauriers. Mes parents étaient venus y assister. A un moment, je les vis en grande conversation avec ma prof principale. Par moment, tous trois lançaient vers moi de brefs coups d’œils mais je n’entendais pas ce qui se disait. J’ai appris, bien des années plus tard, que la prof leur disait que c’était un véritable gâchis que j’interrompe là mes études. Que connaissant leurs difficultés financières, le Conseil Général proposait une bourse exceptionnelle pour que je puisse poursuivre à Bordeaux une formation de professeur de comptabilité et qu’on pouvait envisager de me donner un poste de surveillante pour m’aider à les financer. Mes parents s’en tinrent aux vœux que j’avais exprimés jusque là (et qui les arrangeaient bien) assurant que je voulais absolument travailler tout de suite. Ils ne me mirent pas au courant de cette conversation et je ne sais pas si j’aurai changé d’idée, trop heureuse que j'étais d’échapper enfin aux leçons et aux devoirs à rendre. Il aurait fallu, en fait, qu’ils fassent preuve d’autorité et qu’ils m’obligent à continuer. Ils ne l’ont pas fait. Ont-ils eu raison ? Je l’ai souvent regretté mais comme je ne peux pas juger de ce qu’aurait été ma vie dans ce cas, mieux vaut ne pas épiloguer.

Donc, nantie de mon CAP tout neuf et de nouveaux très beaux livres, je rentrais à la maison pour en repartir, très vite, pour faire le voyage promis.

De ce voyage, je n’ai pas gardé de souvenirs très nets. Un bus avec plein de filles, toutes aussi intelligentes que moi. Nous dormions le soir dans les Auberges de Jeunesse et visitions des monuments, des églises la journée. De tout ça, seul émerge le goût du pain noir Allemand qui accompagnait les sempiternelles charcuteries et les " kartofen ", une vague image d’un ours au fond d’une fosse grillagée que nous observions à travers une grille (Berne ?), les vestiges des jeux olympiques d’hiver qui avaient eu lieu à Innsbruck mais surtout la visite effrayante du  camp d'Auschwitz et de ces chambres à gaz monstrueuses à côté desquelles subsistait encore à cette époque, un immense tas de centres. Puis il y eut heureusement la visite du château de l’Impératrice Sissi à Vienne. C’est encore du château de Schonbrun que j’ai gardé le plus d’images. Celle des appartements de l’impératrice, de la brosse à cheveux sur laquelle un cheveu était paraît il le sien, le parc magnifique et sa gloriette.

C’est aussi pendant ce voyage, dans une auberge de jeunesse autrichienne,  que j’ai eu 18 ans,.

Puis, retour au pays parmi les miens. C’était encore l’été, alors je m’accordais quelques semaines, le temps d’oublier mon statut d’écolière, accompagner ma sœur et ma cousine dans les bals alentour, toujours aussi gauche et malhabile quand il s’agissait d’aligner un pas de danse, guettant le garçon qui daignerait enfin s’intéresser à moi, mais hélas, toujours rien de plus que quelques slows bien serrés. Puis, Ginette partit pour son école ménagère, j’accompagnais maman pour installer Alain dans son lycée agricole et enfin je me mis en quête d’un travail comme me le permettait le diplôme facilement acquis je le confesse (le diplôme, pas le travail, là ce fut autrechose)

Par yada64 - Publié dans : yada64
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Mardi 19 juillet 2005 2 19 /07 /Juil /2005 00:00

Ce fut donc un dimanche de fin septembre que j’intégrais l’internat Nitot ou commençais ma nouvelle vie. Ma mère avait demandé à son amie d’enfance, dont la fille Yvette devait suivre la même formation que moi, de nous prendre dans la voiture de son mari et c’est là que je fis la connaissance d’Yvette qui allait devenir ma copine.

L’internat Nitot, uniquement destiné aux filles, était installé dans un petit château comme il y en a beaucoup dans notre région. Au rez-de-chaussée, la réception, une immense salle à manger attenante aux cuisines. Un magnifique escalier en bois menait à l’étage. C’était la fierté de la Directrice qui nous imposait de chausser des pantoufles à semelle de feutre pour le gravir. Bien sur, un jour, ça n’a pas manqué, handicapée par ma valise (je devais partir en week-end), je glissais et attéris dans les jambes de la Directrice, quelques marches plus bas, la faisant tomber et dévaler avec moi les marches glissantes. Heureusement pas de bobo et je m’en tirais par un sermon m’incitant à agir avec moins de précipitation

Donc, en gravissant l’escalier, on arrivait dans un grand couloir. A droite, plusieurs dortoirs abritaient chacun une douzaine de lit. A droite, des vestaires personnels ou nous rangions notre trousseau et nos affaires scolaires. De ce même côté, une grande pièce regroupait des dizaines de lavabos, avec glace et une étagère sur laquelle nous posions notre trousse de toilette le temps de faire nos abblutions. Plus loin, la salle de douche mais là, je n’y suis jamais allée car je devais me séparer le moins possible de mon corset.

Maman m’aida à ranger mes affaires dans le placard qui m’était destiné, à faire mon lit et son amie fit de même avec sa fille qui était dans le même dortoir que moi. En effet, dans la mesure du possible, les dortoirs regroupaient les élèves des mêmes classes ou si ça n’était pas possible, du moins du même age. Dans chaque dortoir, une petite alcove était destinée à la pionne qui assurait la surveillance de nuit

Puis ce fut le moment de dire ‘ "au revoir "  à nos parents et nous nous retrouvames seules. Pas longtemps, les surveillantes nous demandèrent de descendre pour le repas du soir. Dans l’immense réfectoire, des tables de 8 ou dix élèves étaient installées. Des " dames de service " nous servaient à partir d’un chariot repas et seules 2 resposables de tables (nommées chaque semaine) avaient le droit de se lever pour aller chercher du pain ou de l’eau pour la tablée. Ce qui me frappa, ce fut surtout le tohu-bohu dans lequel se déroula le repas. Par la suite, soit ce fut plus calme, soit je m’y habituais car ça me parut moins pénible.

Après le repas du soir, nous avions " quartier libre ", c’est à dire le choix entre aller dans l’un des barraquement situés dans le parc qui entourait le château. Certains étaient aménagés en salle d’étude, sous la surveillance d’une pionne qui maintenait tant bien que mal le silence, un autre servait de salle de loisirs. Il y avait là des jeux de société, des chaises, des bancs et surtout un électrophone sur lequel les plus grandes faisaient tourner les tubes du moment grace à des 45 tours qu’elles ramenaient de chez elles. Celles qui n’avaient pas de disques à prêter n’avaient pas bien sur droit à la parole sur le choix des chansons choisies. Je me souviens pourtant avoir entendu maintes et maintes fois Eddy Mitchell s’égosiller sur " Daniela " tandis que les plus hardies s’essayait au rock. Bien sur, je les regardais fascinées, j’aurais aimé moi aussi pouvoir virevolter en rythme, mais rien à faire, je savais, pour avoir déjà essayé que je ne savais pas danser. Mes pieds s’obstinaient à ne pas vouloir suivre le son que mes oreilles recevaient et mes essais de danse ressemblaient toujours aux mouvements d’un pantin desarticulé. Très vite, je renonçais, me cantonant à la seule danse qui m’était acessible, le slow, mais qui n’avait pas droit de cité à l’Internat.

Puis, à l’entrée de la nuit, la surveillante nous intimait l’ordre de rentrer au château, chausser nos " feutres " et monter dans les dortoirs. Là, après s’être deshabillées, enfilé qui son pyjama, qui sa chemise de nuit, un passage par les lavabos d’ou s’élevaient toujours les mêmes disputes " qui m’a piqué ma brosse, ou est ma crème de nuit etc…) et retour au lit. Puis après un quart d’heure de pause, extinction des feux et silence, enfin presque car nous trouvions tout de même le temps de murmurer quelques secrets que, dans son alcove, la surveillante soulignait de quelques " Taisez-vous " impératifs arrivant même, en cours d’année, à reconnaître l’auteur des murmures intempestifs.

Puis, après une nuit de sommeil, au premier rayon de soleil, réveil de la chambrée. Bref passage aux lavabos pour un coup de peigne et un coup de gant sur le museau et direction le rez-de-chaussée pour le déjeuner. Il fallait alors faire bien attention de prendre tout ce qui nous serait utile dans la journée car il était interdit de remonter dans les dortoirs jusqu’au soir et toute digression pouvait entraîner une colle. Or nous ne rentrions chez nos parents qu’une fois par quinzaine, alors une colle, c’était l’annulation de la sortie.

Donc, en bas, petit déjeuner dans le grand réfectoire. Café, lait, tartines beurées, correct. Mais déjà il fallait se dépêcher car des cars attendaient devant le perron d’entrée.

En effet, le lycée était distant de l’internat de quelques kilomètres et nous faisons le trajet, matin, midi et soir, en autobus.

Arrivée au Lycée Marguerite de Navarre (devenu de nos jours un collège). L’établissement recevait les filles de la seconde à la terminale et aussi quelques classes commerciales (dont j’étais). Je fus d’abord stupéfaite par la multitude d’élèves, ça me changeait de mon petit train train de Saint Fargeau. Il y avait là plusieurs bâtiments, de plusieurs étages, qui abritaient tous des classes. Au début, pendant les interclasses, tout le monde courrait de tous les côtés cherchant la salle dans laquelle se tenait le cours suivant. Car, ça aussi c’était nouveau. C’était les élèves qui changeaient de classe à chaque cours. Finalement, tout rentra dans l’ordre. La topographie des lieux s’imprima dans nos cerveaux et les retards se firent plus rares.

A midi, les cars revenaient nous chercher, nous amenaient manger à Nitot, mais encore plus nombreuses car, l’internat voisin " BeauManoir " n’avait pas de cuisine et les internes venaient manger avec nous. Puis après un passage par le barraquement " loisirs " ou une promenade dans le parc quand le temps le permettait, retour en bus au Lycée.

Cette année là, une fois l’émoi des premiers jours dissipés, je pris vite mes marques. Les matières à apprendre étaient nombreuses. Le Français, l’Anglais, Histoire, Géo, Sciences, Maths bien sur mais, étant destinées au métier de secrétaires, il nous fallait aussi apprendre à maitriser des matières nouvelles comme la sténo, la dactylo, la correspondance, le droit et la comptabilité.

Notre section " commerciale " était moins surchargée que les classes normales. Cependant, nous devions, en 2 années seulement, arriver à passer notre CAP et notre Brevet Commercial (assimilé au bac G actuel). De plus, nous étions les mal-aimées du lycée et notre section était jugée de haut par les élèves qui suivaient un cycle normal, littéraire ou mathématique. Certains professeurs aussi nous considéraient comme les vilains petits canards de la couvée.

Cependant, pour moi tout alla à merveille. Les bases apprises à Saint Fargeau devaient être solides car je me débrouillais très bien en Français. A tel point que très vite, j’acquéris une certaine notoriété en faisant simultanément ma dissertation à moi, sur l’un des sujets proposés (celui qui me plaisait le plus bien sur) mais aussi celle de 2 ou 3 copines qui avaient des faiblesses en Français et à qui je passais des brouillons qu’elles n’avaient plus qu’à recopier. Comme je changeais le sujet, les professeurs n’y virent que du feu. Généralement, mes protégées remontaient ainsi leur moyenne d’autant que les sujets que j’avais traités obtenaient souvent les meilleures notes. Pour les matières comme l’Anglais, je me débrouillais pas mal quoique l’Anglais commercial me semblait un peu ardu. Concernant certaines matières comme, l’histoire, la géographie, le droit, les sciences, j’avais un avantage certain. Celui d’avoir une mémoire d’éléphant. Je lisais une ou 2 fois les cours et je pouvais les réciter mot à mot par cœur. Cela me valut d’ailleurs, en début d’année, une surveillance particulière de certains professeurs, persuadés que je trichais pendant les interros car je reproduisais mot à mot les cours. Mais vite, ils durent se rendre à l’évidence. Non, je ne trichais pas. Le seul inconvénient de cette technique c’est que ma mémoire effaçait très vite les informations mémorisés dès que je n’en avais plus besoin. Rien de grave car, un nouveau petit coup d’œil au texte et hop, tout revenait. J’avais inventé la carte mémoire avant l’heure stockant les informations dans des blocs que j’ouvrais et je fermais suivant les besoins. (Avec l’âge, certains blocs se sont effacés mais d’autres sont définitivement imprimés et je barbe parfois mon entourage en leur récitant imperturbablement les fables de la Fontaine ou une tirade du Cid par exemple) La sténo me posa un petit problème. J’avais beau faire mes gammes inlassablement pour acquérir l’automatisme, je transcrivait stoiquement le texte dicté par le professeur en signes adéquats mais après, horreur, je n’arrivais plus à relire. Vite je trouvais la parade : toujours la mémoire. Il suffisait de retenir le texte dicté, quelques signes me remettant parfois sur la voie et hop, le tour était joué. Je crois que ma prof de sténo s’était aperçue de la supercherie car, au début, elle fut assez dure avec moi, puis elle changea complètement et mystère, je devins même sa chouchou.. J’ai jamais compris pourquoi. En dactylo aussi, petit problème. J’avais beau aligner des pages de " azert-yuiop ", la vitesse n’était pas mon fort. Sans doute dû à la rigidité qu’engendrait mon corset qui perturbait tout de même un peu certains mouvements. Cependant, je finis par acquérir une vitesse de frappe honorable. Par contre, gros problème. Les maths. Déjà à Saint Fargeau, j’étais nulle mais ici, ça ne s’était pas arrangé. J’avais beau voir que le cercle 0 etait tangeant à la droite AB, impossible de le démontrer. Quant à l’algèbre, bien que je connaisse parfaitement tous les théorèmes, x et y restaient des inconnus pour moi. J’ai collectionné un certain nombre de notes honteuses pendant les interros surprises mais pour les devoirs je limitais les dégats grace à l’aide de quelques matheuses qui avaient trouvé là le moyen de me remercier d’un coup de pouce en Français. Restait la comptabilité et là, miracle. Il semblerait que le fait être nulle en maths entraine une déficience grave en compta. Mais non, ce fut tout le contraire. Je jonglais littéralement avec les débits, crédits, bilans, plans, amortissements et tuti-quanti. J’en ai conclu depuis que ce devait être génétique car le même cas s’est reproduit avec ma fille Mylène, nulle en math, géniale en compta, qui est arrivée jusqu’au DECSF pour finir prof de compta mais ça c’est une autre histoire.

Donc, je cumulais des moyennes assez honorables et mes bulletins scolaires faisaient la fierté de mes parents comme je pouvais le constater chaque quinzaine quand je regagnais le foyer familial. Au début, ces sorties étaient un événement car mon village était très mal desservi et il me fallait parfois soit finir à pied, soit compter sur la bonne volonté d’automobilistes du village qui passaient sur ma route. Puis un voisin qui travaillait à Pau accepta que je l’attende les vendredis de sortie à la sortie de son travail et il me ramenait le lundi matin simplifiant ainsi singulièremnt les choses.

La fin de l’année scolaire arriva. Il y eut une petite fête à laquelle maman assista. J’obtins pleins de prix, excellence, histoire, géo, français, compta etc…. A ma grande confusion, je dus monter sur l’estrade pour recevoir les prix, de magnifiques livres, joliment reliés, qui récompensaient mes efforts et que je n’ai jamais lus tant ils étaient ardus. Je passais, haut la main dans la classe supérieure et je pouvais enfin profiter des vacances à venir.

Les vacances, par contre, ce n’était pas trop le pied. D’abord, le curé du village avait eu l’idée de faire une kermesse afin de récolter de l’argent pour acquérir une télévision (la première du village) qui serait communale. Les jeunes furent donc sollicités pour faire un spectable. Il y avait des danses (pas moi évidemment), une pièce de théatre dans laquelle on m’essaya dans plusieurs rôles mais je ne brillais décidément dans aucun et du finalement m’attribuer un mini-role ou je faisais un aller retour sur scène en m’écriant " oh là là ". Malheureusement, le jour de la kermesse, je trouvais le moyen de m’empêter dans mon costume et manquais de me casser la figure en public. Cependant, l’argent récolté par les divers stands et festivités permis d’acheter le poste TV (en noir et blanc revez-pas) Il fut installé au presbytère, dans une salle gracieusement prêtée par Monsieur le Curé. Le poste tronnait sur une petite estrade et des chaises et des bancs étaient disposés devant permettant à chacun d’admirer l’ORTF.

Très vite, cette pièce devint le lieu de rendez-vous très prisé de tous les jeunes du village et même de ceux des villages alentour. On y venait bien sur pour voir " la piste aux étoiles " ou " au théatre ce soir " ou encore " l’étape du tour de France " mais on y venait surtout pour se rencontrer. Laissant les chaises de devant aux adultes, les jeunes, filles et garçons, s’aggutinaient au fond de la salle et profitaient de l’obscurité nécessaire pour tenter des approches plus ou moins suivies de succès.

En plus, il y avait les bals du dimanche auxquels, Ginette et moi, désormais jeunes filles reconnues, ainsi que Madeleine de Paris, toujours en vacances l’été, avions le droit d’aller à condition toutefois que le garçon (le frère en général d’une copine du village) ait reçu l’agrément de maman et papa. Bien sur, il fallait d’abord demander la permission. Maman disait toujours : " Allez demander à votre père " ce à quoi Papa répondait : Et votre mère, qu’est-ce qu’elle en dit….. Finalement, l’autorisation étant donnée, nous partions joyeusement après avoir écouté les conseils maternels et promettant de rentrer avant minuit.

En fait, j’aimais aller au bal mais arrivée, commencait une sorte de supplice. Bien sur, gracieuse, agile et ne manquant pas de répartie, Ginette avait beaucoup de cavaliers. Elle dansait à merveille, que ce soit le rock, le twist ou le cha-cha. Madeleine, auréolée de son statut de Parisienne avait aussi un énorme succès et moi, je restais là, à me tortiller sur ma chaise, attendant que quelqu’un veuille bien m’inviter. Je m’inquiétais surtout de ce que pouvait penser les autres de mon insuccès. Il m’arrivait même de me balader dans la salle pour qu’on ne remarque pas que je faisais tapisserie, le lot des vieilles filles à venir. Parfois, un courageux venait me demander à danser. La encore, complètement paniquée, je me mélangeais les pédales et finissait par décourager le malheureux. Donc, je ne dansais strictemernt que les slows, quand on voulait bien me le demander. Mais les slows avaient mauvaise réputation. En général, c’était la danse ou l’on " frottait ". Or je n’étais pas très adepte de cette pratique et passais vite pour une " sauvage " au contraire de Ginette qui cumulait les flirts.

Pourtant, cette année là, j’eus un amoureux. Je ne sais pas ou je l’avais rencontré. Dans un bal surement. Il habitait un village voisin et pendant quelques semaines, il vint me voir, le soir, à la tombée de la nuit. Je lui donnais rendez vous sur la route qui conduisait chez mon oncle ou je portais le lait chaque soir. Il m’attendait avec son scooter et nous échangions quelques baisers et quelques serments. Oh pas plus bien sur. Puis, un jour, j’attendis, il ne vint pas, il ne vint plus. Exit de mon bel amoureux. Le pauvre, je sus bien plus tard qu’il avait eu un accident en revenant d’un de nos rendez-vous. Il avait dû être hospitalisé et avait perdu l’usage d’un de ses bras. Depuis, je n’ai jamais eu de nouvelles.

Et voilà, de bals en soirés TV, l’été coula doucement. En plus, surprise, un jour, ma mère nous annonça que, bientôt nous allions avoir un nouveau petit frère ou petite soeur. Il est vrai qu’elle avait pas mal grossi mais jamais nous n’avions pensé qu’à leurs ages nos parents pouvaient encore faire ça. D’ailleurs eux aussi se trouvaient vieux pour avoir un enfant. Ils avaient presque la quarantaine ! ! ! !

Comme le moment de regagner l’internat était bientôt venu, un jour, maman m’accompagna à Pau pour chercher les nouveaux livres scolaires. Dans l’après-midi, ayant fait toutes nos courses et le car pour chez nous ne repartant qu’en fin d’après midi, nous décidames d’aller au cinéma. Un peu au hasard, nous entrames dans une salle qui diffusait un film. Malheureusement, quelques minutes après le début de la projection du film, les images devinrent assez violentes. Un médecin enlevait les yeux à une jeune fille pour je ne sais quoi en faire. Dans l’ombre, maman me balbutia : Ca va pas, je supporte pas, le bébé bouge…. Je la suivis et nous attendimes le bus dehors. Jamais nous ne reparlames de cet incident mais je sais que nous y pensions toutes les deux car, quelques temps plus tard, alors que j’avais regagné l’internat, j’eus une permission spéciale pour aller voir ma mère qui venait d’accoucher à la Maternité de Pau (La première fois sur les 5 enfants, qu’elle n’accouchait pas à la maison). Je pénétrais dans la chambre, très intimidée, je jettais un regard interrogatif sur le bébé qui reposait dans le berceau et maman me dit   "Non, t’inquiètes pas, elle n’a rien. ". Elle m’avoua s’être fait du souci pendant toute la fin de la grossesse à cause de ces images et dès qu’elle avait été seule avec le petit bout de chou, elle l’avait entièrement deshabillé pour vérifier que rien ne manquait et que tout était OK.

Oui, tout était OK et Dominique, ma petite sœur, venait de naître. Nous avions presque 20 ans d’écart.

Par yada64 - Publié dans : yada64
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